Déclaration CNEA 10 décembre 2015

 Déclaration liminaire FO Enseignement agricole – CNEA 10 décembre 2015

Madame la Directrice Générale,

Nous n’allons pas revenir sur l’horreur des attentats du 13 novembre et l’abjection que nous avons tous ressentie.

Nous avons déjà souligné, sans opportunisme, dans notre déclaration au CTM du 3 décembre, que, suite à la peur, l’angoisse, puis à la promulgation de l’état d’urgence, FO fait le constat que la fonction publique d’Etat reste le ciment de notre société et que les différentes réformes et les politiques publiques menées ces dernières années mettent à mal les capacités des fonctionnaires à mener à bien leurs missions surtout en temps de crise.

Dans ce contexte, en ce qui concerne l’enseignement agricole, et suite à la mobilisation intersyndicale du 24 novembre, nous avons différentes remontées de nos collègues en régions :

– Et notamment, en cette période de crise aiguë, les difficultés qu’ont eu les collègues dans les établissements à gérer l’accueil des élèves au lendemain de ces événements, le 16 novembre et les jours suivants.

D’abord, au matin du 16 novembre, les collègues étaient pris au dépourvu, sans consignes d’accueil, de message à délivrer aux élèves, contrairement à ce qui s’est passé dans les établissements de l’EN.

Depuis octobre 2013, FO demande que des formations soient proposées aux enseignants et aux équipes pédagogiques. Cette demande a été réitérée, régulièrement dans cette instance, depuis les attentats de janvier 2015. Nous l’avons rappelée à l’occasion de la « mobilisation pour les valeurs de la République » de janvier à avril 2015 (FO vous a demandé que le volet valeurs de la République soit rajouté dans la NS rentrée 2016…). Nous vous avons interpellé au CTEA du 12 novembre quant à la mise en oeuvre dans l’enseignement agricole de la Journée de la Laicité ce 9 décembre…(apparemment aucune NS de la DGER n’en fait état).. Nous avons fait des propositions de formation en lien avec le rapport Debray et la commission Stasi, et nous vous les avons rappelées lors du CTEA du 12 novembre dans nos questions diverses (en attente depuis le CTEA du 24 septembre !)…. : Laicité et valeurs républicaines, enseigner le fait religieux, le religieux dans les EPL. Et aujourd’hui, nous constatons que ces formations auraient dû enfin être mises en œuvre depuis le printemps 2015 !!! En effet, suite aux événements du 13 novembre, que dire aux jeunes, de quel point de vue leur parler, quand on est soi-même affecté, effrayé et bouleversé ?

Nos collègues sont aussi en demande de formations qui devraient leur permettre de faire face au moment de crises (suite attentats nationaux, mais aussi évènement tragique dans l’établissement comme le décès d’un collègue ou celui d’un élève).

Et, comme nous l’avons déjà dit, c’est toute l’équipe pédagogique qui devrait pouvoir être formée.

Nous demandons aussi des formations qui permettent de développer auprès des élèves et des apprenants des actions d’éducation à la citoyenneté (même et surtout en absence de formations dédiées dans les référentiels : des formations type EMC et l’enseignement de la laïcité doivent être introduites dans toutes nos filières et diplômes. La formation des personnels d’enseignement est essentielle mais les référentiels doivent aussi clairement permettre de transmettre leur contenu à nos jeunes apprenants.

Les disciplines des sciences humaines (histoire- français philo en particulier), et les LV, DOIVENT RETROUVER TOUTE LEUR IMPORTANCE, dans nos référentiels. La coopération internationale doit être intensifiée. L’histoire de toutes les grandes civilisations, chère à Fernand Braudel, comme également l’enseignement du fait religieux font défaut dans nos programmes. Il y a urgence à connaître l’autre, à ne pas oublier les sociétés qui nous ont précédé, à connaître leur héritage.

Cela passe par la revalorisation de l’enseignement de l’histoire et non par sa diminution !

– D’autre part, dans le cadre de l’état d’urgence, la consigne a été donnée d’interdiction de sortie des élèves et des enseignants. Par zèle, il a même été refusé à un de nos experts de venir siéger en CAP !!

– Dans des établissements, la question de la sécurité était déjà posée avec l’absence de dispositif ad hoc dans plusieurs établissements (pas de clôture, entrées multiples ne permettant ni surveillance, ni filtrage). Les chefs d’établissements se retournent vers les régions, réquisitionnent des personnels pour des actions de communication des élèves menées les week end, cherchent à financer des vigiles, etc… . Mais devant l’ampleur et l’urgence des travaux à mener, les réponses sont plutôt évasives. Comment faire respecter les consignes de sécurité dans cette configuration ?

Dans ce contexte anxiogène, il ressort de la mobilisation du 24/11 que nos collègues sont aussi inquiets face à la réforme territoriale qui se met en place à compter du 1er janvier 2016 (c’est à dire demain …). Ils ont peu d’informations, sauf celle qu’ils ne sont pas les premiers impactés parmi les fonctionnaires. Néanmoins, dans les régions fusionnées, se posent des questions à courts termes :

– Quelle sera l’organisation de l’autorité académique dans ces nouvelles régions fusionnées ? Où sera positionné le SRFD ? FO rappelle que l’attente du terrain est que les adjoints ou les délégués aient la connaissance des établissements et la compétence à donner des réponses sans avoir à en référer à la hiérarchie régionale. Pourquoi ne connaît on p

L’organisation des examens : suite au nouveau positionnement et aux mobilités géographiques ou fonctionnelles des agents en charge de ces missions, ne risque-t-on pas des pertes de compétences ?

– Quelle sera la politique des nouveaux conseil régionaux en matière des formation agricole ? Quel impact peut-on craindre sur la DGH, sur la carte de formation, le maintien ou l’ouverture de classes ?(fermetures de petits établissements : on craint notamment pour les petits sites qui dépendent de plus grands).

Alors que déjà nous dénonçons :

  • une gestion des moyens qui ne permet pas la mise en œuvre de l’individualisation des parcours ou des classes de remises à niveau, sans parler de l’expérimentation…
  • la stagnation des places offertes dans l’enseignement agricole public sans prise en compte de l’augmentation de la population scolaire et donc refus d’élèves qui choisissent nos formations,
  • l’augmentation des contrats précaires et la pression sur les conditions de travail des agents contractuels sur budget,
  • la mise en péril financière de nos établissements de proximité à taille humaine, avec des pressions sur les dotations en personnels administratifs, techniques, de laboratoire et de santé,
  • la fragilisation de la formation continue et par apprentissage par la mise en concurrence et par la centralisation par les régions de la perception de la taxe d’apprentissage,
  • les effets pervers de la réforme de la voie de la réforme professionnelle avec plus aucune classe passerelle permettant un parcours en quatre ans et une baisse continue des crédits dits d’individualisation…
  • le déficit de moyens et de volonté en matière de formation continue (voir ci-dessus ou encore pour la formation des AVSI dans l’Enseignement Agricole).

 

En ce dernier CNEA de l’année 2015, nous tenons à vous redire Madame la Directrice Générale, que si notre pays est « en état de guerre », la formation des jeunes doit rester une priorité. Et l’enseignement agricole ne saurait rester en retrait. Il doit disposer des moyens à former. Ces équipes enseignantes, confrontées aux troubles de la société, doivent plus que jamais être formées à accompagner les élèves d’aujourd’hui à devenir citoyens, ouverts sur le monde de demain.

Paris le 10 décembre 2015.