La casse continue

Les candides auraient pu croire que la canicule allait calmer tout ce petit monde, que les sorties pédestres ou aquatiques de notre jupitérien Président en vacances en son fort de Brégançon allaient ramener un peu de sérénité après la calamiteuse « affaire » Benalla… Hélas, trois fois hélas, les voilà repartis de plus belle, couverts d’une impunité qui frise la morgue et d’un mépris pour tous les salariés de ce pays -du public comme du privé- que l’on avait rarement atteint. Août n’est pas fini que déjà les mauvaises nouvelles sur le front du social tombent comme les feuilles déjà jaunies par un été torride. Un ruissellement de mauvaises nouvelles en somme qui n’étonnera guère après cette première année passée aux affaires où l’exécutif s’est plu- comme l’a justement rappelé Pascal Pavageau, dernièrement sur LCI- à faire des cadeaux aux premiers de cordée, pour reprendre une expression chère à notre président. Ça ruisselle, c’est sûr …mais pas dans le bon sens !
Notre président tour à tour présenté comme philosophe puis économiste dresse à ce dernier titre un bilan peu reluisant :
La croissance française, dernière de la classe de la zone euro est atone, le taux d’inflation est le plus élevé, le trou du commerce extérieur est béant, le chômage ne cessant quant à lui d’augmenter, orphelin des promesses d’un MEDEF se targuant il y a peu de créer un million d’emplois en contre partie des cadeaux qui lui ont été octroyés.
Il ne reste donc à notre président qu’à entrevoir une carrière de physicien voire de magicien puisque ce ruissellement qu’il appelle de ses vœux est assurément d’un genre nouveau : il reste irrémédiablement suspendu vers le haut, auto alimentant une caste privilégiée au détriment de tous les autres.
Ce système ultra libéral n’a donc d’autre choix pour respecter de façon dogmatique les promesses faites à Bruxelles, que de délaisser les recettes (moins 14 milliards d’euros de recettes patronales par an suite notamment aux réformes de l’ISF et de l’impôt sur les placements financiers) pour privilégier "les dépenses".
A ce titre, le projet de loi de finances (PLF) 2019 qui est en pleine préparation est une bien mauvaise nouvelle pour les ménages : salariés du privé, retraités, allocataires des prestations sociales, fonctionnaires, ce qui, au total fait beaucoup de monde. Si l’on en croit les propos du Premier ministre tenus dans le dernier JDD, retraites et prestations sociales - à l’exception des minima sociaux – ne progresseront que de 0,3% alors que, selon les prévisions, l’inflation en 2019 atteindrait 1,7% soit un recul de 1,4%. Déjà impactés par une hausse de la CSG cette année, les retraités se voient une nouvelle fois amputés d’une partie de leur pouvoir d’achat. Pour info, un retraité qui perçoit 1300 euros de retraite par mois subira une perte de pouvoir d’achat de 578 euros sur une année ! On compte aussi passer à la retraite par point au nom de l’égalité alors que ce système ne fera qu’augmenter les injustices et les inégalités en baissant retraites et pensions. Mais c’est bien emballé, il faut le reconnaître !
Pour faire bonne mesure, en bon adepte du jeu de passe-passe, le Premier ministre a sorti de son chapeau une potion magique : la suppression des cotisations sociales sur les heures supplémentaires. Une mesure étrange, sensée créer de l’emploi … comme si les employeurs allaient profiter de cette mesure pour embaucher alors qu’il sera beaucoup plus simple de l’appliquer aux salariés qui auront ainsi la possibilité d’effectuer des heures supplémentaires. Or les heures supplémentaires se font toujours au détriment de l’emploi. Selon l’OFCE, cette mesure devrait participer à la destruction de 19 000 emplois !
Et puis, il reste les fonctionnaires, ces « privilégiés », détenteurs d’un « emploi à vie », responsables du déficit public, etc., etc. … En pleine campagne électorale, le candidat Macron avait prévu de supprimer quelque 50 000 postes de fonctionnaires d’Etat. Pour mener à bien cette destruction massive d’emplois publics, le gouvernement a déjà supprimé 1600 postes cette année. En 2019, 2020 et 2021, ce sont 43900 emplois qui seront passés à la trappe. Une montée en charge progressive que le Premier ministre justifie en expliquant que cette méthode « privilégie une transformation de l’action publique en profondeur et le développement numérique, des économies à long terme et une amélioration du service public. La réduction du nombre de fonctionnaires n’est pas le fondement mais la conséquence d’une transformation de l’action publique qui monte en puissance au fil du temps (…) Pour la fonction publique d’Etat, nous tiendrons l’objectif du président de la République de supprimer 50 000 postes à l’horizon 2022 ».
On en arrive à ce constat terrible : c’est la casse du service public républicain qui va financer le profit des entreprises. Triste constat qui ne peut rester en l’état.

28 août 2018
François GUERARD
Secrétaire général